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21/12/2012

ALMS et Grand AM unifiés en 2014 : Le mariage de la carpe et du lapin

 

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En 2014, les USA ont opté pour une seule et unique série en endurance. Sous l'autorité de la NASCAR, usines et privés en découdront selon des formats de course des plus variés. Des 24 Heures de Daytona aux 12 Heures de Sebring en passant par quelques courses sur des circuits rudimentaires et ''old school'' comme Watkins Glen, exotiques comme Baltimore, historiques comme Daytona, Sebring ou Road Atlanta, une nouvelle série issue du mariage entre le Grand Am et l'ALMS verra le jour. Alors une véritable chance pour l'Endurance sur le continent américain ou une régression regrettable ? Pour l'instant, l'heure est aux congratulations réciproques mais nul doute que quelques voix discordantes ne tarderont pas à se faire entendre lorsque sera venu le temps de la rédaction du règlement technique.



Bennett-France-Panoz-Atherton.jpgL'American Le Mans Serie a vu le jour sous l'impulsion de Don Panoz. Dan, son fils passionné de sport mécanique était tombé amoureux de la course à l'européenne en général et des 24 Heures du Mans en particulier. Tout d'abord réticent, habitué à ce que rien ne lui soit refusé, le milliardaire de Braselton s'en vint donc du côté du Mans pour voir s'il n'y avait pas opportunité d'affaires dans ce domaine qui plaisait tant à son fils. En bon Américain, il pensa qu'il lui serait possible de se rendre acquéreur de cet événement local ainsi que les quelques arpents de terrain entourant le circuit manceau. Face à lui, Michel Cosson, alors président de l'ACO, un matois et assez machiavélique bonhomme de la Sarthe, qui avait apprivoisé Ecclestone himself, comprit qu'il y avait là matière à moudre quelques grains. Il fit de Don Panoz son ami. Peu à peu, Monsieur Panonzio (le vrai nom de ses ancêtres venus d'Italie) comprit qu'il n'était pas si simple d'acquérir un monument tel que Le Mans. Il décidait alors d'importer en Georgie, près de chez lui, ce qui l'avait séduit dans le Maine français. Comme Michel Cosson était lui aussi un homme intelligent, et fort diplomate, les deux hommes portèrent sur les fonds baptismaux l'American Le Mans Serie qui reprenait assez précisément la réglementation technique des 24 Heures. D'entrée, la série connut un beau succès. Audi et Porsche, Acura y animèrent des courses fort prisées des télévisions américaines. Les courses étaient souvent spectaculaires et le public vint. Puis peu à peu, c'est un classique aux US, le règlement Le Mans fut interprété, transformé, négocié tant et si bien qu'il devint quasi spécifique à la série. Peu à peu les grands constructeurs européens retournèrent en Europe laissant le champ libre à des teams privés, fortunés certes mais bien loin de pouvoir ''remplir'' les grille. Trois LMP1, trois LMP2 ce n'est pas la joie ces derniers temps de l'autre côté de l'Atlantique.

 

Deux philosophies différentes de la course

 

Héritière de l'IMSA et de l'USRRC, la série Grand-Am reprend les ''valeurs'' du sport auto US. Pas ou peu d'audace technologique, priorité au sport business, et protectionnisme envers les constructeurs locaux. Depuis pas mal de temps maintenant, sous prétexte de maîtrise des coûts, les Américains refusent bon nombre d'avancées techniques. Tant et si bien que bon nombre d'innovations européennes furent bannies des circuits américains. J'ai par exemple le souvenir d'une réunion à Chicago organisée par Bill Evans (promoteur de l'IMSA disparu depuis, la série comme le bonhomme). Pendant dix heures, les Riley and Co se battirent pour interdire toute utilisation du carbone dans la construction ou l'exploitation des voitures de course ! Châssis évidemment mais aussi freins et carrosseries ou éléments de carrosserie. Difficile dans ces conditions de faire coïncider deux philosophies de la course. Souvenons nous de Cadillac et du fiasco américain de la GM lorsque Riley prit en charge la construction et l'exploitation technique des prototypes de Detroit. Jean-Claude Driot s'en souvient encore. Ce fut une authentique catastrophe sportive et industrielle avant qu'un ingénieur anglais, Nigel Stroud ne vint mettre un peu d'efficacité dans ce projet pourtant solidement pourvu en dollars sonnants et trébuchants.

 

Cette réunion des deux séries risque fort d'enterrer les velléités ''progressistes'' des concepteurs américains de voitures de course. Subsistera comme européen Dallara déjà fort employé à gérer les châssis des Indycars et peut-être Lola si le nouveau repreneur ose l'Amérique..

Depuis des lustres maintenant, Américains et Européens ne vivent pas les choses avec le même regard. Et si l'ALMS n'est plus européenne, restaient en elle quelques principes techniques, sportifs, très proches de la philosophie des législateurs du vieux continent.

Déjà Don Panoz avoue sa liberté retrouvée vis à vis du règlement manceau : « J'aime Le Mans... Mais nous sommes les Etats-Unis, nous avons des particularités sur ce que veulent nos fans et nos partenaires et je peux vous assurer que nous saurons les entendre. » Tout est dit ou presque la future série sera US, fortement US ou ne sera pas. A moins de se faire hara kiri vis à vis des constructeurs européens ou japonais attirés par les lauriers manceaux, on voit mal l'ACO refondre son règlement pour correspondre à celui de la future série US. Pourtant quelques uns d'entre nous se souviennent d'un projet présenté lors d'une conférence de presse d'avant 24 Heures. Pontons rehaussés, carrosserie fermée, pare brise large et haut, ce projet ressemblait beaucoup à la Corvette présente désormais en Grand Am. On peut imaginer qu'un gros travail de lobbying avait dû être effectué par des hommes venus d'outre Atlantique et que les techniciens de l'ACO avaient eu pour mission de travailler dans le sens de l'unité US-Europe. Audi, Peugeot et Toyota furent loin de valider ce projet.

 

L'ACO et la FIA devront sans doute avoir à résoudre un sacré dilemme : permettre à des constructeurs de mettre en piste quelques extraordinaires avancées dans le domaine de la motorisation hybridée, optimiser des solutions avant-gardistes et d'avenir tout en permettant à des voitures beaucoup moins sophistiquées d'en découdre aux Amériques. C'est un grand écart sans doute impossible à assurer. En tout cas, il est fort probable qu'encore une fois, NASCAR et FIA ne pourront s'entendre, c'est un classique dans l'histoire du sport automobile mondial. Les Américains ''pondront'' leur propre règlement et autonomiseront davantage l'Endurance US

 

Permettez-moi de croire que tous les discours, toutes les déclarations et toutes le volontés d'enregistrer une belle avancée dans le paysage de l'endurance ne sont que de principe. La réalité étant que désormais, sur le continent américain, ce sont les hommes de la Nascar qui l'ont emporté Ils viennent de sortir Don Panoz d'un mauvais pas financier. Mais cela correspond en fait à la mort pure et simple de ce qui faisait encore l'originalité de la série ALMS. D'ailleurs pour les prochaines années, le WEC n'ira plus ni à Sebring, ni à Road Atlanta et sans doute jamais à Daytona.

 

L'histoire de l'endurance aux USA est un éternel recommencement. Et à la fin, ce sont souvent les boss de la NASCAR qui gagnent

 

 

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